Celui en Calle Rabassa – Sites incontournables

A voir

Bon, soyons honnête : cette rue n’est pas particulièrement touristique, ni belle, ni pratique etc. Quelques touristes y descendent parfois, perdus, après avoir visiter le park Guëll, je ne pense pas pour autant qu’ils s’en souviendront. C’est une rue résidentielle, pas particulièrement longue et tout ce qu’il y a de plus ordinaire dans le quartier de Gracia. Mais justement peut être, elle se situe à Gracia, et rien n’y semble ordinaire.

♥♥♥ Invader : quand les extraterrestres descendent dans ma rue

L’artiste international Invader est passé par la rue Rabassa. Vous pouvez voir une mozaïque à l’angle de la rue Rabassa et de la place Rovira i Trias, et aussi au n°40. Invader est un artiste français , très secret, et connu depuis la fin des années 90 pour placer de petites mozaïques, appelées « invaders » dans les villes du monde (aussi bien Hong-Kong, que Rennes). Ses mozaïques sont inspirés de jeux vidéos, et en particulieur de « Space Invaders ».

Les jeux étant très pixellisées, la technique de la mozaïque s’y adapte parfaitement : chaque carreau étant un pixel. L’espace public et les villes du monde entier se font donc envahir par les extraterrestres de façon très discrète. En 2011, Invader affirme avoir touché plus de 82 villes avec 2 692 Invaders, 6 tours du monde et 22 nuits passées au poste de police.

Vidéo pour mieux comprendre comment il agit.

♥♥♥ Statue de Rovira i Trias : la lutte entre Madrid et Barcelone

Petite bifurcation sur la place Rovira i Trias, comprise sur le tracé de la rue Rabassa. Cette place est surement la plus photographiée du périmètre. On y trouve cette statue en bronze de Antoni Rivera i Trias, assis sur un banc. Tout d’abord j’aime beaucoup les statues intégrées à la ville, mais celle-ci a un intérêt particulier : une dalle avec un grand plan est dessiné à ses pieds. Le plan est celui de Barcelone. Ce qui m’a le plus accroché le regard c’est la phrase autour du plan : « Le tracé d’une ville est oeuvre du temps plutôt que d’architecte »  … écrite en français ! Il m’a donc fallu chercher qui était ce personnage, pourquoi il y avait un plan, sa présence ici et son lien avec le français.

Son nom était écrit sur la dalle et était le même que la place donc rien de difficile. Antoni Roviera i Trias était un architecte barcelonais du 19e, né à Gracia (ce pourquoi sa statue est ici). Il est surtout connu pour avoir gagné à l’unanimité le concours de la mairie de Barcelone pour développer la ville et créer le quartier de l’Eixample (« agrandissement »). Mais alors pourquoi on parle « du plan Cerdà », et de Cerdà comme le créateur de ce quartier ? 

Antoni Roviera i Trias, a bien gagné haut la main le concours de la ville, mais Madrid lui avait déjà privilégier Cerdà. C’est la guerre Barcelone / Madrid : quand Barcelone a appris que Madrid lui avait désigné un ingénieur (et même pas architecte !), la ville a décidé d’organiser un grand concours. C’est le gouvernement espagnol qui a imposé Cerdà comme le réformateur de Barcelone. Bien sûre cela n’a pas été très apprécié, surtout quand on sait que la construction de l’Eixample a servit à beaucoup d’architecte de créer un « art catalan » : le modernisme (art nouveau catalan). Le plan Cerdà représentait ainsi la volonté de Madrid. L’élite barcelonnaise a commencé par le rejeter. Certains architectes catalans ont même « boycotté » le plan Cerdà. Par exemple Domenèch i Montaner (le deuxième architecte catalan important après Gaudi) a construits les pavillons de l’Hospital De Sant Pau dans la direction contraire à celle des rues dessinées par Cerdà.

Antoni Rovira avait pour référence un architecte français, Léonce Raynaud, à qui on attribut  la phrase « le tracé d’une ville est œuvre du temps plutôt que d’architecte », leitmotiv en français de Rovira.

Mais peut-on aller plus loin sur ce choix Roviera/Cerdà ? Une question de contrôle. Ce n’était pas la première fois que Madrid imposait un plan à Barcelone (voir l’époque où elle avait fait une place forte de la capitale catalane). Tout d’abord, il faut comprendre que margé le concours, le plan de Cerdà était déjà validé par Madrid. Mais est-ce que le plan de Roviera n’était pas terrible ? ou le plan de Cerdà bien mieux ?

J’ai cherché les critiques sur ces deux plans :

  • Celui de Roviera est un maillage circulaire qui entoure la vieille ville afin d’intégrer les villages alentours (dont Gracia). Le plan se centrait sur la place de Catalogne. Ce modèle dit « en anneau » est présent à Vienne et dans le plan Haussman à Paris. Des capitales donc.
  • Le Plan Cerdà est un plan en damier, avec des rues rue rectilignes, qui se croisent à angle droit. Les blocs carrés font 113,3mètres, avec des avenues très larges (Domènech disait qu’elles étaient si larges que les courants d’air empêcheraient toute vie confortable). Il prévoyait de se centrer sur la Place de Glories (pas très importante actuellement). Il a inspiré d’autres extensions de villes comme Strasbourg et Lyon.

La critique actuellement que j’ai trouvé sur le plan Riviera (et sur les plans des autres catalans) est la dimension de ségrégation sociale entre le haut Barcelone et le centre. Le plan Cerdà semble surtout avoir été critiqué pour être un choix de Madrid. Mon hypothèse est que le plan de Roviera se rapprochait davantage au plan d’une capitale, ce que n’a pas dû apprécier Madrid.

PS : On m’a depuis fait remarquer que le plan Cerdà, en quadrillé, permet aussi de mieux faire intervenir l’armée en cas de rébellion : une ville plus facile à surveiller et à mater en cas de problème.

Les deux autres articles sur comment être un tourisme en Calle Rabassa :

10 réflexions sur “Celui en Calle Rabassa – Sites incontournables

  1. Pingback: Celui en Calle Rabassa – Avant de partir | Barcelone EXperimental

  2. Vraiment sympa cette nouvelle série d’article ! triste cette histoire de Antoni Rovira i Trias ça illustre bien la rivalité entre Madrid et Barcelone😉 ça a du être super frustrant pour lui de gagner un concours et malgré ça de pas pouvoir mener a bien son projet…

  3. J’espère que ça peut plaire😉 En fait j’édit, Madrid avait choisis Cerdà et c’est ensuite que Barcelone a décidé d’organiser son concours. Barcelone a donc voulu faire pression mais il était déjà trop tard.

  4. Cette vision artistique, labyrinthique de s’imprégner de sa rue, de son quartier est une façon de dérouler un fil et de se tricoter son propre guide. A suivre donc sans perdre le fil ;

  5. Pingback: Celui en Calle Rabassa – A voir | Barcelone EXperimental

  6. Juste une question: avez-vous pensé à faire un article intitulé « Celui à la recherche d’Invader »? Je trouve cet artiste passionnant, j’aime le découvrir au hasard d’une rue, d’un pont ou d’un morceau de trottoir🙂

  7. Pingback: Celui avec la touriste Wonder Woman | Barcelone EXperimental

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