Celui avec les vampires de Barcelone – Contre tourisme

Je vois vos yeux se froncer : mais qu’est ce qu’elle nous raconte celle-là ? Elle a trop lu Twilight ? The True Blood lui monte a la tête ? Non, non… je vais vous raconter une histoire vraie que j’ai découvert par le voyage expérimental…

Expérience n°8 : Contre-tourisme

P1000546Énoncé : Faire l’inverse de ce qu’un voyageur est censé faire

Cette expérience peut mener à beaucoup de variables : photographier le contrechamp des sites touristiques majeurs, photographier les autres touristes, faire l’exact opposé des instructions donné par un guide… Nous avons beaucoup de possibilités ! (Et si vous souhaitez exécutez l’une d’entre-elle, contactez-moi et ce serait un plaisir de la publier !)

Le contre-tourisme, n’est pas contre le tourisme, c’est pratiquer autrement le tourisme. L’expérience est donc plus intéressante si il y a des touristes. Barcelone est parfaite,  non ?

Je me suis inspirée de « l’analyse des résultats 2 » de Marika McAdam :
Enoncé : renverser les clichés
Méthode : Chercher l’antithèse de ce pourquoi la ville que l’on visite est célèbre.

Je me suis demandé ce qui représentait le mieux Barcelone dans l’esprit étranger/français. Il me semble que les premiers mots qui viennent le plus à l’esprit sont : soleil, plage, fête. Bref, les vacances, une certaine joie de vivre et du soleil ! L’expérience de contre-tourisme me proposait de prendre le contre-pied de cela. Je me suis donc intéressée au côté obscur, sinistre, glauque de Barcelone.

J’ai commencé très tôt à avoir cette idée et j’ai été assez surprise de trouver autant de matières ! Comment une ville avec autant d’histoires terribles pouvait avoir cette image aussi solaire ? Je pense donc vous apporter quelques éléments (si je devais être exhaustive, je créerais un autre site !) de mes recherches de contre-tourisme.

La « Vampire de Barcelone »

Beaucoup de catalans connaissent encore l’histoire de « la vampira de Barcelona » aussi appellée « la vampira del carrer de Ponent« , « la vampira del Raval » ou Enriqueta Martí. C’est une histoire tout ce qu’il y a de plus vrai, et c’est ce qui en fait son horreur. Enriqueta Martí était une tueuse en série, peut-être la plus meurtrière d’Espagne, ravisseuse et proxénète d’enfants.

  • Une double vie

Vampire de BarceloneC’était dans le Barcelone du tout du début du XXe, une ville insalubre, beaucoup de différences sociales, la ville européenne avec le plus d’attentats anarchistes, une poudrière. La population avait pratiquement triplé en 40 ans, la moyenne d’âge à Barcelone était de 41 ans, la mortalité infantile était de 17% et beaucoup de mères cachaient la naissance de leurs enfants aux autorités.  Si le typhus ou la tuberculose ne les tuaient pas, ils seraient envoyés au Maroc (c’est à ce sujet qu’a commencé la « Semaine Tragique«  de 1909, où 78 personnes meurent à Barcelone et 5 sont exécutés à Montjuic) (Oui, Montjuïc, lieu de tourisme, est un lieu d’exécution). Il faut imaginer une ville avec de nombreux combats au couteau. La capitale européenne de la pornographie. Le port européen du trafique de prostitué 

Pendant près de vingt ans, une femme Enriqueta Martí enfilait chaque matin des haillons de mendiantes pour demander l’aumône près des couvents et des église. Mais, elle n’avait aucun besoin de mendier : elle menait une double vie et le soir elle portait de beaux vêtements et se rendaient aux soirées des riches barcelonais (théâtre du Liceu (sur la Rambla), l’ancien grand Casino sur les hauteurs…)..

Enriqueta Martí kidnappait des enfants, des bébés jusqu’à des enfants de 14 ans, pour les prostituer aux riches barcelonais, mais aussi pour créer ses potions, baumes… guérisseurs qu’elle vendait. Ses produits étaient fait du sang, de la graisse, des os, du sang… de ces enfants. Elle n’avait donc aucun mal à se débarrasser des corps : elle utilisait tout ! Ses riches clients payaient très cher pour ses produits qui étaient censé pouvoir guérir toutes sortes de maladie, et en particulier le typhus et la tuberculose.

  • Arrestations

29 rue ponent

29 rue Ponent

Pendant près de vingt ans, Barcelone a été paranoïaque, dans l’imagination publique il se savait qu’on enlevait des bébés et beaucoup d’enfants disparaissaient sans laisser de trace.

La vampire de Barcelone a été inquiétée a deux reprise. La première fois durant la « semaine tragique », en 1909, pour proxénétisme, l’affaire a été étouffée grâce à ses contacts dans la haute société de Barcelone, eux-mêmes clients. Puis, en 1912, suite au kidnapping d’une enfant qui a été recherché pendant deux semaines. Sur le prétexte de la possession de poules dans l’appartement, des policiers on pu rentrer au 29 rue de Ponent, découvrir la fillette et enregistrer sa déposition. Elle a pu raconter son enlèvement, sa découverte d’un sac rempli  de vêtements d’enfants, d’un couteau à désosser taché de sang… et la mort d’un enfant de 5 ans, appelant la vampire « maman » et tué sur la table de la cuisine… L’appartement et les précédentes habitations ont été fouillé et la police a trouvé les os (sang, cheveux, graisse…) d’au moins 12 enfants. On suppose que le nombre est considérablement plus élevé. J’essaie d’être bref mais les détails sont monstrueux, je ne veux faire vomir personne.

  • Une dimension politique

journal la vampire de barceloneLes policiers ont entre autre retrouvé dans l’entresol de la rue Ponent (rue qui a dû changer de nom depuis) une liste de noms de familles de barcelonais important (avec un grimoire, des notes codées etc.) Il y a eu beaucoup de polémique autour de cette liste. En effet la rumeur disait que c’était la liste des riches clients d’Enriqueta Martí (politiciens, hommes d’affaires et banquiers compris), et qu’en raison de leurs richesse, ils ne seraient pas punis pour pédophilie ou achat de restes humains. Les autorités, qui ne souhaitaient pas une nouvelle « semaine tragique » (1909), ont déclaré qu’il y était listé les personnes auquel la vampire mendiait, faisant passer ces familles pour les victimes. Cette histoire d’une femme tueuse d’enfants et proxénète, protégée par les hauts placés à qui elle réalisait les vices est donc aussi très politique.

  • Tuée sans jugement

Enriqueta Martí n’a jamais été jugée pour ses actes. Elle a été emprisonnée à la prison Reina Amalia, après avoir tenté de se suicider, elle a été extrêmement surveillée et est morte un peu plus d’un an après son arrestation, lynchée par ses compagnons de prison. Elle est enterrée dans une fosse commune du cimetière de Montjuïc.

  • Vous pensez tout savoir ? Une autre version

J’ai trouvé une version, non traduite en français, de Elsa Plaza, historienne, qui insiste sur le contexte de misère, de crime et de prostitution de Barcelone à cette époque. Elsa Plaza penserait que Enriqueta Marti a pris pour beaucoup d’autres. Qu’elle n’aurait jamais confessé les meurtres et la vente des potions et qu’elle n’a jamais été formellement accusé de meurtre. Qu’on aurait chargé Enriqueta Marti de tous les crimes de l’époque : « Era más tranquilizador crear un monstruo que cuestionar la moral sobre la que se construía toda una sociedad. » (Il est plus rassurant de créer un monstre que de questionner la moral sur laquelle est construite toute la société ».) Il se peut donc qu’il existe une autre histoire. Plus ici et lire « El Cielo Bajo Los Pies » d’Elsa Plaza.

  • Plus

Ses habitations : 29 calle Ponent dans le Raval (actuellement le 29 Joaquín Costa, une femme a acheté la maison sans savoir apparemment son histoire) ; un appartement dans la rue Tallers,  rue Picalqués, rue des Jocs Floral (quartier Sants) et à Sant Feliu de Llobregat.

Livre : La Mauvaise femme de Marc Pastor (prix Crims de Tinta) (disponible en version numérique)
Le mystère de la rue Poniente de Fernando Gomez
Los Diarios de Enriqueta Marti : la vampira de Barcelona

Une série de 24 photos sur l’affaire

L’arc de triomphe et le vampire de Barcelonela-ville-intemporelle-ou-le-vampire-de-barcelone

J’ai mis un « s » à « vampire » sur mon titre, même si je connais peu les histoires de sorcellerie et magie noire à Barcelone. Ne me regardez pas comme ça, apparemment ça foisonne et des visites sont parfois organisées. Comment ne pas y penser quand vous vous perdez dans le quartier du Gotic ? Je ne parlais donc pas uniquement d’Enriqueta Marti et de ses clients buveurs de sang (et cannibales aussi tant qu’on y est)…

J’ai finis le livre « La ville intemporelle ou Le vampire de Barcelone » qui m’a fasciné. Un personnage entièrement fictif cette fois-ci ! (?) Le vampire y sert de prétexte pour décrire l’histoire de la ville du moyen-Âge à nos jours. C’est extrêmement bien détaillé,  j’ai appris beaucoup et ai fais mes propres petites excursions pour retrouver les lieux. Ma vision de Barcelone a beaucoup changé après l’avoir-lu et quand je me ballade j’imagine en transparence les lieux il y a des centaines d’années, et les cimetières sous chaque dalle, du vieux centre au Raval.

vampires à Barcelone

photo prise sur ce site

… J’ai aussi découvert cette étrange ornement sur l’Arc de Triomphe (créé en 1888 par Vilaseca i Casanovas). Une explication ?

Allez je ne vous laisse pas fantasmer plus longtemps sur cette chauve-souris (« murciélago ») : elle serait là en référence à l’ancien blason de Barcelone sur lequel une chauve-souris surplomberait la couronne…

Ça vous paraît encore plus louche ? A ce que j’ai compris, c’est quand  les musulmans sont arrivé à Valence pour conquérir la couronne d’Aragon, une chauve-souris a survolé les chevaux, ce qui les a mis en panique et a fais réaliser au roi Jaume I qu’il se faisait attaquer. Il a alors gagné la bataille et décidé de tenir compte de la chauve-souris qui l’avait sauvé, dans ses armoiries.

Chauve souris barcelone

Ca vous a plu ? Vous tremblez maintenant au nom de Barcelone ?

7 réflexions sur “Celui avec les vampires de Barcelone – Contre tourisme

  1. Pingback: Celui avec le hibou satanique – El uno con el satánico búho | Barcelone EXperimental

    • Merci à vous Sophie d’y prêter attention🙂 Peut être que l’histoire du hibou soi disant satanique vous plaira aussi😉 Bonnes découvertes de Barcelone et surtout n’hésitez pas !

    • Merci VKalinkaneo🙂 Êtes vous déjà allé à Barcelone ? Je pense en effet qu’il ne suffit pas d’être horrifié avec cette histoire, il faut l’insérer dans les conditions globales de vie à Barcelone à cette époque.

      • Pas à Barcelone, non.
        Je voyage le moins possible car les voyages me rendent malade de stress.
        Ce que je préfère ce sont les voyages par Internet et votre blog me le permet.

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